Cassette_tape_by_StupidNick

Parmi mes (nombreux) dons naturels, il y en a quelques uns qui sont absolument fascinants, du fait de leur inutilité. Par exemple, j'ai un don particulier pour rater tout ce qui se cuit à la casserole, même les pâtes, et même la purée en sachet qui, allez savoir pourquoi, ressort systématiquement verte. Don qui fait de moi, vous pouvez le concevoir, la risée de mon entourage, à tel point que même chez moi, ce sont mes amis qui préfèrent faire la cuisine. Mais je suis également touchée par un autre don inutilement amusant, mais beaucoup plus important, et qui régit ma vie nocturne de façon assez dictatoriale : ma manie  systématique d'attirer la merde en soirée. C'en est devenu presque une passion, tellement d'est fréquent. En d'autres termes, je suis docteur ès loose, spécialisée dans le département Fin de Soirées de Merde [NDLR : loose : adjectif anglicisé et djeun's pour désigner quelque chose de nul, de raté, de pas bath du tout]. Vous vous dites surement que je suis une sacrée veinarde, que vous n'avez jamais connu de vraie soirée pourrie, et que ça vous plairait de pouvoir, au moins une fois, briller dans les dîners mondains en racontant vous aussi le jour (ou la nuit) où vous avez ENFIN connu le malheur du looser nocturne. Et bien, réjouissez-vous, car il se trouve que c'est justement votre jour de chance : en effet aujourd'hui, Rockincamille.com vous offre toutes les clés pour réussir enfin votre soirée ratée ! [NDLR : ces astuces sont tirées du "Manuel du parfait fêtard paumé, ou comment réussir sa soirée loose en 5 phases"]. C'est bien simple : suivez le guide (et croyez-moi, il s'y connais).

En néophytes que vous êtes, je me vois dans l'obligation de préciser certaines choses : tout d'abord, sachez qu'un soirée loose se découpe en cinq phases principales, dont certaines sont plus importantes que d'autre, et que nous allons détailler à la suite :

La phase initiale consiste à choisir un évènement de divertissement (au choix : concert/spectacle/soirée crèpes/bar rock'n'roll/bar branché), un groupe avec qui partager ce moment de divertissement (amis/famille/collègues, conjoint si possible mais dans ce cas la soirée sort du contexte "soirée de merde" pour venir se placer dans la catégorie "week-end d'engueulade") et d'une date (un 22 novembre par exemple). Une fois les conditions initiales réunies, il va falloir s'occuper de la partie "ça-s'annonce-mal" de la soirée. Si l'inspiration vient à manquer, on peut, par exemple, piocher dans les idées suivantes : -présence d'individus peu engageants, -mal de crâne persistant, -lieu passible de descente de police inopinée, -voire même concert ou événement inexistant, imaginé par un pote de pote qui connait le cousin du chanteur des bérus et qui lui a assuré qu'ils faisaient un concert sauvage dans un champ près de Melun. Je tiens à préciser qu'il y a d'autres détails qui, plus subrepticement, contribuent à rassembler les conditions idéales pour une vraie soirée loose. Mon devoir est alors de vous mettre en garde : ces détails, de prime abord, semblent au contraire vouloir présenter la soirée sous une bonne aura. Ne vous y fiez pas ! On démontrera plus tard que, vicieusement, ils ne font qu'augmenter le potentiel de loose. Exemples : -alcool à prix attractif, -groupe d'amis au grand complet, -bonne humeur débordante, -promesse d'un concert sauvage des bérus près de Melun.

La seconde phase consiste simplement en le déroulement normal et enthousiaste du début de soirée, et s'accompagne des symptômes suivants : -bonne humeur, -socializing poussé à son paroxysme, -sentiment de bien-être, etc... Cette phase dure plus ou moins longtemps, et sa durée n'a aucune incidence sur l'intensité de la loose qui va suivre.

La troisième phase est LA phase-clé d'une bonne soirée ratée. Celle où tout commence, et s'enchaine. Autrement dit, le moment où tout bascule : -arrivée d'individu(s) importun(s), -concert annulé, -mauvaise nouvelle pesante , -plainte des voisins , -débarquement inopiné de la marée-chaussée. Cette phase s'accompagne d'une montée de frustration, de sentiment d'injustice et d'un retour de la fatigue accumulée tout au long de la semaine. C'est le moment où la bonne humeur tombe, où par dépit on va se jeter sur l'alcool à prix attractif dans le but de "rattraper la soirée", où on va tenter de penser à autre chose, ruminant dans sa barbe des insanités à l'encontre de ce qui vient de se passer. Normalement, la phase de loose pourrait s'arrêter là, et la soirée continuer tranquillement, voire s'arranger. Mais c'est sans compter sur la phase numéro 4.

La quatrième phase n'est qu'un enchaînement de péripéties : c'est le moment que va choisir la copine dépressive pour faire une crise de larmes (quand il ne s'agit pas de soi-même), le pote qui a un peu trop bu pour régurgiter ostensiblement son kébab de minuit (quand il ne s'agit pas de soi-même), le couple d'amis pour se disputer (quand il ne s'agit pas de soi-même), le pote de pote pour perdre son portable (quand il ne s'agit pas de soi-même), la copine imbibée pour aller agresser les skins qui zonaient tranquillement non loin de là (quand il ne s'agit pas de soi-même), ou la voiture pour tomber en panne. Cette phase peut s'accompagner à tout moment d'une arrivée inopinée de la marée-chaussée. Il conviendra au bon looser qui se respecte de faire durer cette phase le plus longtemps possible, jusqu'à la rupture évidente de ladite soirée, se traduisant par le split du groupe dans diverses directions, le jetage hors du bar par un vigile quelque peu bougon, l'intervention inopinée de la marée-chaussée (vous noterez l'importance de cette dernière dans notre processus). Une règle d'or : TOUJOURS attendre le dernier moment, quand c'est VRAIMENT la loose, pour partir. Le parfait looser garde à l'esprit que "tant que ça se passe bien, je reste, je ne commence à songer à partir que quand ça va devenir impossible". Lorsque l'urgence absolue du départ commence à se faire ressentir, on peut alors passer à la phase numéro 5.

La cinquième phase est la plus difficile à supporter, mais la plus essentielle. Il s'agit du retour (ou de la tentative de retour) dans un lieu plus hospitalier : chez soi. Plusieurs options s'offrent alors à vous : si le lieu de la soirée est dans un rayon de moins de cent mètres de votre lieu d'habitation, débrouillez-vous pour vous perdre, ou pour tomber -sous l'effet de l'alcool ou de toute autre substance ingérée à outrance durant la phase 3 ou 4 de la soirée- en grande conversation avec un lampadaire ou un parcmètre. Si votre lieu d'habitation n'est pas accessible à pied depuis le lieu de la soirée, et que vous ne disposez pas d'un moyen de retour motorisé, plusieurs choix sont possibles : le taxi est économique en temps, mais pas en argent. Et d'autre part l'argent a souvent été dilapidé en alcool lors des phases 3 et 4. Reste alors l'option "premier métro", offrant la possibilité de dormir sur les marches d'une station jusqu'à ouverture des grilles, ce qui augmente considérablement le potentiel de loose de votre soirée. Puis reste l'option "bus de nuit", qui est très intéressante par le temps qu'elle fait perdre : cherhcer l'arret de bus, passer une demie-heure a essayer de comprendre le plan, monter dans le mauvais bus, en redescendre trois arrêts plus tard, trouver le bon bus, se tromper de sens, redescendre du bus, le prendre dans l'autre sens,  se disputer avec un passager passablement de mauvaise humeur, s'asseoir à côté d'un individu bavant et  ronflant, s'endormir, se faire réveiller au bout de la ligne par le conducteur enragé, descendre du bus, aller à l'arrêt qui va dans l'autre sens, attendre une heure, se faire voler son portable, monter dans le bus, arriver chez soi à 11h du matin. Ces possibilités sont à tester une à une, elles sont toutes intéressantes dans leur genre, ensuite les préférences varient selon les personnes. Note : cette cinquième phase peut même consister à elle seule tout le processus de ratage de soirée. Si bien que l'on peut passer de la phase 1 à la phase 5, sans passer par les autres, et obtenir tout de même une soirée de merde inoubliable.

Attention ! Il existe plusieurs types et degrés de soirée ratées. Une soirée peut devenir une soirée loose seulement dans les dernières minutes, et puis se rattraper après. Exemple : un très bon concert en banlieue, un retour en voiture très sympathique, rien à signaler; jusqu'à la saisie par la marré-chaussée du conducteur (et de son véhicule), soit-disant alcoolisé (le conducteur, pas le véhicule, bande de moules. Ah, quoique, quand on y pense, avec les litres de bière reversés à l'arrière...). Se genre de situation pourtant indiqué pour faire une bonne soirée à raconter à ses petits-enfants, peut finalement s'arranger : il suffit d'un taxi qui arrive à temps, d'un conducteur de taxi sympathique, d'un ami généreux ouvrant la porte de son appartement, d'un bon matelas au chaud et d'un film intéressant pour rattraper la soirée. Dans ce cas, la soirée est quand même classifiée dans les soirées de merde (l'ami conducteur ayant passé la nuit en cellule, le taxi ayant vidé ton porte-monnaie), mais dans la catégorie "on l'a échappé belle".

Et enfin, dernière mise en garde : vous aurez beau essayer d'éradiquer tous les signes et phénomènes avant-coureurs, comme ne pas boire d'alcool, éviter les soirées où des individus importuns sont susceptibles de vous atteindre, prévoir de rentrer tôt, et être de très bonne humeur, la loose vous rattrape toujours. D'une part parce que, comme dirait l'autre, c'est pas si facile de se contenter d'une bière, d'autre part parce que les individus importuns possèdent une volonté propre et peuvent vous retrouver même si vous essayez de les éviter, et enfin parce que, quoi qu'il arrive, quand on a la poisse, on a la poisse.

Je n'ai rien à rajouter, vous voilà prévenu, vous êtes maintenant parfaitement prêts à affronter votre première soirée ratée, et éventuellement, à obtenir votre diplôme de docteur en loosophilie (pour ce faire, envoyez-moi par mail le récit d'une ou deux soirées pourries, et je vous renverrai en retour le diplôme signé et tamponné qui fera de vous la reine/le roi des fin de soirées merdiques.).

Elle est pas belle la vie ?

Camille, "j'aurai mieux fait de rester devant Ardisson".

P.S : Pour plus d'informations sur les soirées loose, et plus précisément sur la phase de retour difficile, contactez notre cher ami Suprim, spécialiste lui-aussi émérite.
P.P.S : Pour ce qui est du compte-rendu du concert des Flyin' Tartiflettes que j'ai magnifiquement mis en valeur par ma présence scénique méga charismatique, j'y travaille. Vous aurez peut-être même droit à des vidéos si vous êtes gentils.

EDIT >> C'est un grand jour ! j'ai enfin eu la joie de trouver, dans les mots-clés, mes premiers mots-clés notables/bizarres/pervers (rayez les mentions inutiles) : "blonde pulpeuse autour d'une piscine" (tu ne crois pas si bien dire...) "ta gueule je fais du rock'n'roll ma mère" (rien à rajouter, la classe, juste.)