petite_chanteuse


Puisque je tiens absolument à garder mon image de groupie écervelée et nunuche, cet article sera entièrement rédigé dans le pur style hystérico-hormonalo-adolescent. Y'a pas d'raison.

Pour ceux qui ont un peu suivi, j'ai annoncé que, à cause d'un malentendu providentiel, les Tartiflettes themselves m'avaient proposé un petit tour de chant lors de leur prochain concert. Ça fait maintenant deux semaines que le concert est passé, il est donc grand temps de vous faire le compte-rendu de ce qui a compté comme un des plus beaux jours de ma vie.

Tout d'abord, commençons par le début, la répet'. Car oui, les Flyin' Tartiflettes sont tellement le meilleur groupe de l'Essonne du monde de la terre entière de l'Univers , qu'en vrais musiciens qu'ils sont (le premier qui rigole reçoit un coup de cuillère à glace dans l'œil), ils répètent pendant DES HEURES avant chaque concert. Je fus donc conviée à la répétition hebdomadaire, dans le but éventuel de voir ce que je valais en vrai, sans MASSACRORS à mes côtés, sans K'fet autour de moi, et sans grésillement dans les enceintes. Autant dire que, le matin du grand soir, je ne pensais déjà qu'au moment où je me retrouverai au milieu du groupe au ("presque") complet, à ânonner les paroles de Psycho des Sonics et Do you love me des  Blues brothers (les moins débiles d'entre vous auront compris qu'il s'agit des chansons que le chanteur des tartiflouzes et moi avions choisies). Soir, qui, au final, arriva plus vite que prévu, étant donné le retard du rer, les vingt minutes de marche que j'avais oublié de comptabiliser, et l'arrivée tardive tant attendue du chanteur. Je ne m'appesantis pas sur la suite de la répétition, inévitablement forte en émotions, et qui fut par ailleurs l'occasion de boire des bières d'une découverte stupéfiante concernant la tessiture de voix du chanteur, mais que je n'exposerai pas ici, pour ne pas faire de déshonneur au charismatique leadeur des Flyin'. Toujours est-il que j'étais embauchée, et parée à affronter le public en délire de la légendaire k'fet de Bures-sur-yvette.

C'est là que l'action se torse (celui qui comprend pas n'a aucune culture cinématographique). Le soir en question arriva bien vite, et avec, tout un panel d'événements qui devaient faire de moi la reine de la soirée (ou peu s'en faut).

La première tâche, en arrivant, consista à obtenir un ticket-conso rien que pour moi, pour pouvoir me la péter devant les potes. Ce qui fut vite réglé, et facilement, quand on considère que je suis en possession d'une paire de nichons et d'une mini-jupe. Mais il y a quand même une justice, préciserais-je pour calmer la fureur des mâles en colère qui considèrent que c'est dégueulasse d'obtenir tout ce qu'on veut juste parce qu'on est une fille : au lieu de 10 consos gratuites, je n'en ai eu droit qu'à 5. Toujours-z-est-il que je venais d'obtenir mon premier ticket boisson de la k'fet, et qu'à ce jour, il est encadré au-dessus de mon lit.

Une fois ce détail réglé, il fallu décharger la batterie et la porter jusqu'à la salle. Tâche facile et rapidement menée à bien, par ailleurs (et là je sens qu'en disant ça, je signe la fin de ma carrière dans les tartiflettes, Tranber et Jérôme ayant fait 24 000 allers-retours en voiture pour récupérer chez untel ou untelle les bouts de batterie qui manquaient. Aussi ne développerais-je pas plus).

Puis le repas fut prêt. Et voilà que je me retrouve à la k'fet, assise à la table des artistes, à manger du rôti de porc aux oignons (par la force des choses, le meilleur que j'aie jamais mangé), à côtés d'artistes tellement mondains et karmatiques que toi-même tu t'évanouirais, à ma place. La consécration, en quelque sorte. Après un an de k'fet (le premier qui dit "petite joueuse" n'est rien qu'un vieux, et un frimeur) à baver devant le repas des artistes sans jamais pouvoir en obtenir une miette, à lorgner dans les backstages dans l'espoir d'entrevoir un bout de chaussette de Jean-Luc Lopez/Paquito Prouters/Batbat Pallavas [rayez les mentions inutiles], et à regarder d'un oeil torve les ticket-conso des membres du groupe, c'est moi qui me retrouve en lieu et place de ceux que, jadis, j'adulais.Voilà pourquoi je n'ai pas honte de le dire -que dis-je, de le clamer- : je suis une parvenue.

Puis l'heure fut aux balances, et après les balances, au concert. Autant la partie pré-concert est passé à une vitesse fulgurante, autant, pour ce qui est du concert en lui-même... Jamais je n'avais trouvé aussi long un concert de punk. Surtout des Tartiflettes. Car vous pensez bien que je n'allais pas intervenir dès le début, ça aurait été abattre toutes les cartes tout de suite, ce qui n'est pas très judicieux, ni très rock'n'roll. Un vrai groupe rock'n'roll, il met du mystère dans sa prestation, il fait des cachotteries et des surprises à son public. C'est pourquoi Jérôme ne me fit signe de monter qu'au milieu du concert.

C'est alors que, le cœur battant et la larme à l'œil, je montais à ses côtés pour vivre le moment qui restera dans les mémoires comme le début de ma carrière musicale. Par contre, à partir de là, tout est allé très vite. Même pas le temps de me mettre sous les highlights et de montrer mes superbes bretelles léopard assorties à mon collant et à la chemise de Jérôme que  Tranber enchainait, prenant au dépourvu le charismatique chanteur qui, pour le coup, commença en retard son premier couplet. Mais selon le principe "on s'en fout, c'est du rock'n'roll", on s'en est foutu, puisque c'était du rock'n'roll. Et voilà que Jérôme me lance un regard. C'est à moi. Alors j'y vais. Mais... mais merde, j'entends rien de ce que je chante... Panique. Alors, tout simplement, j'essaie de me rapprocher du micro. Miracle ! ça marche ! (peut-être étais-ce aussi dû au fait que le patron du lieu avait légèrement augmenté le volume sonore de mon micro. Mais ça, on le précisera pas. Et puis, de toutes façons, on devient pas chanteuse en un jour. Même Patti Smith, elle a du chanter pas assez près du micro, au début).

A partir de là, ça roule comme sur des roulettes (le premier qui dit "pléonasme" est rien qu'un rabat-joie, et un pédant). Je voudrai remercier ma famille, sans qui rien n'aurait été possible, mon agent qui a cru en moi dès le début, J. qui m'as soutenu tout au long de la soirée de ses regards plein de confiance et de ses encouragements on ne peux plus sincères, P. pour avoir écouté jusqu'au bout ma prestation et supporté mes crises groupiesques, et les Tartiflettes pour m'avoir offert cette chance. Sauf que le temps de penser tout ça, la première chanson est finie, et j'entends Jérôme annoncer : "et maintenant, toute seule !". Diable. J'avais oublié ce détail. Do you love me des Blues Brothers, je la chante toute seule. Comme si c'était moi la chanteuse pour de vrai. M'en fout, même pas peur, jamais j'ai l'trac, moi.

Et une deuxième chanson qui est beaucoup plus assurée que la première, beaucoup plus dans-le-micro, beaucoup plus je-suis-une-vraie-chanteuse-moi. Je m'y crois à fond, je me hasarde même à bouger un petit peu (faut pas déconner, t'as cru que j'allais avoir le jeu de scène de Didier Wampas tout de suite ?). Si bien que, quand c'est fini, le seul mot qui me vient à l'esprit c'est "déjà ?". Jérôme reprend alors le micro, me remercie, et je retourne à la vie normale.

La suite ne fut que félicitations de toutes part, odes à ma gloire et dithyrambes à mon passage. Jean-Luc Lopez himself me confia que c'était la première fois que les tartiflettes avaient enfin fait du vrai rock'n'roll (le premier qui me rappelle qu'il avait bu et qu'il était légèrement moqueur se prend une armoire normande sur la gueule.). Le reste du concert se déroula sans encombres, si on oublie la coupure de courant accompagnée de la sirène à incendie qui obligea Flyin' Tranber à se lancer dans un mémorable solo de batterie, et le contrôle de police qui nous valut de rentrer à pied. Mais, quoiqu'il arrive, ce fut (et tout le monde pourra témoigner) le plus grand moment de la k'fet depuis -au moins !- la semaine précédente.

Promis, la prochaine fois, je te préviens à l'avance, et je te mets une invit' à l'accueil.

Camille, mode c'est-le-plus-beau-jour-de-ma-vie : [on]

P.S : je sais que le fait de mettre "Flyin' Tartiflettes" plus d'une centaine de fois dans le texte va amener ici les éventuels internautes (et public potentiel) recherchant des informations sur ce magnifique groupe. Et bien tant pis pour moi.

EDIT >> à la demande générale... les vidéos. Même pas peur que j'assume à fond. Qui c'est qu'a dit que j'avais pas d'couilles ? (oui, je suis un peu susceptible sur le sujet... faut pas m'chercher.)

 

Psycho (celle où on entend rien)

   

Do you love me (celle où Jérôme boit des bières)