paris

« - Elle sait qu’elle vient d’en prendre pour dix ans?

- Moins vite elle le saura, mieux ce sera… »

Le lecteur avisé que tu es, à la découverte de cette introduction pour le moins alarmante, est déjà en train de se ronger les ongles avec anxiété. Quoi ? L’aventurière préférée est de retour pour nous annoncer qu’elle a fait une grosse connerie et qu’elle va être enfermée dans nos wonderful geôles françaises pendant dix ans ??? C’est pour ça qu’elle a trois jours de retard alors ! Mon dieu mais en prison, comment va-t-elle pouvoir continuer cette aventure bloguesque ô combien passionnante et indispensable à mon bien être, moi, pauvre lecteur misérable que je suis ? Mais non gros bêta ! C’est gentil de t’inquiéter pour moi, mais cette conversation n’a pas été chuchotée à mon passage dans une salle d’audience par des juges d’instruction peu scrupuleux, mais à la Miroiterie par un père de famille rock’n’roll (que je ne citerai pas pour préserver son intimité) à un autre père de famille rock’n’roll qui venait d’emmener sa fille toute contente à son premier jour d’école.

"Oh non, si elle est de retour pour nous bassiner avec la rentrée c’est pas la peine, je préfèrerai entendre parler de ses vacances et avoir des détails croustillants sur son maillot de bain et ses séances de tartinage de crème solaire entre copines." Sauf qu’il faut bien s’y faire, mon bonhomme, et que la rentrée, elle est bien là. Et qu’en plus je suis pas du genre à passer mes vacances à la mer et encore moins à m'oindre d’une substance aussi grasse que nauséabonde, et surtout pas entre filles. Alors tu m’excusera, mais le résumé de mes vacances, je m’en bats l’œil avec un tibia de langoustine. C’est tout juste si je me contenterai - pour te faire plaisir - de ces deux propositions verbales juxtaposées : c’était génial, je suis crevée. Voilà. Parce que la rentrée, mon chou à la crème de lecteur, elle est bien arrivée, oui. Avec son lot de choses contraignantes à faire et de mauvaise humeur. Car OUI, je suis de mauvaise humeur. Et pour cause : quoi de plus déprimant que de commencer l’année en sachant que le meilleur est déjà passé ? Car en effet, quel concert peut maintenant être meilleur que celui des STRAY CATS, le jour même de la rentrée ???

Et je t’entend de loin, lecteur : « Aaaaaaah ça y est, je vois où elle veut en venir… Bah c’était pas la peine de faire une amorce aussi longue, on a compris ! » Eh bah si tu trouves mon amorce longue, vas-y donc voir chez BlackCandy si mon amorce y est, et apprécie les délicieusement bons articles aux introductions toutes plus fantasques les unes que les autres… Peut-être même tu auras un autre compte-rendu du meilleur concert de l’année puisque l’ami Primu y était lui aussi. Et je ne te fais pas languir plus longtemps, toi qui a raté ce moment d’anthologie pour cause de polichinelle dans le tiroir et autres mouflets à amener à l’école, et toi qui n’a pu te payer ce billet en effet extrêmement cher. Mais qui valait le coup.

Car quel concert, mes amis ! Du début à la fin, de la sortie du métro au dernier accord de guitare, c’était un moment parfait (ou presque mais on attendra la fin de l’article pour parler du point d’ombre de la soirée). Jamais l’on a vu d’ambiance aussi électrique, de public si enthousiaste, de musiciens si déchaînés, et autant de larmes dans les yeux de chaque fan, conscient que c’est la dernière fois, la toute dernière, qu’ils pourront voir le groupe qui leur a fait aimer le rock’n’roll en chair en en os, tous ensemble sur scène.

Votre aventurière préférée, en vraie-fausse fan qu’elle est, est arrivée à 20h15, un quart d’heure après l’ouverture des portes. Trop tard pour être devant. Mais peu importe, quoi qu’il en soit elle est devant le zénith, prête à vivre la soirée qu’elle attend depuis maintenant plus de six mois, et dont elle n’a cessé de parler. Et avant même que le concert commence, c’est déjà LE rock’n’roll, vivant devant ses yeux. Toute la clique rockabilly de paris descendue pour l’occasion, endimanchée, est là. La bande des psychos de paris au grand complet ou presque, quelques punks à chiens sans chien mais avec crête levée et parfaitement taillée, des aînés rock’n’roll dans leur plus beau blouson en jean, des jeunots gominés aux teddys ajustés et jeans repassés, une ou deux familles avec enfants bananés-frangés-sapés-comme-papa-maman, un bébé en poussette et perfecto, quelques jazzmens venus en mélomanes, des surf rockeurs dans leur plus belle chemise hawaïenne, trois ou quatre sosies de Cry Baby, des pin-ups en nombre, les seins en avant et le brushing fifties, et ça sent bon la gomina, l’eau de Cologne et la bière. C’est noël avant l’heure, j’ai pas assez d’yeux pour tout voir. Tu peux pas faire un mètre ou tourner la tète de cinq degrés sans tomber sur un look absolument classe et rock’n’roll. La palme revenant tout de même à cet apollon en trois-pièces léopard et creepers assorties, la banane désinvolte et le claquement de doigts délicieusement rétro. Et ça chante, ça rie, ça se hèle, ça se retrouvaille, ça boit des coups, ça parle avec l’accent parigot, ça colporte les dernières infos underground, ça s’impatiente, ça fait des paris sur la set-list ou le costume de Brian, bref, ça rock’n’roll.

Les deux stands de merchandising sont assiégés, autant voire plus que les stands de bières. Pas très rock’n’roll tout ça… Mais après tout, un tee-shirt des stray cats, même à 30 €, on crache pas dessus, surtout quand on sait combien c’est dur à trouver. Tu ne t’étonnera pas, cher lecteur attentionné, que moi-même j’eusse craqué. Ca a beau être honteux, quand tu verras mon tee-shirt pin-up collector du farewell tour 2008 of the Stray Cats, bah tu sera sacrément jaloux.

Et la première partie commence. Autrement dit l’occasion –non pas de s’intéresser à The hot rod Lincoln, groupe de rockabilly basique extrêmement propre et ennuyeux- mais de tester le son et l’acoustique de la salle. Parce que faut pas déconner, les Stray cats d’accord, mais si c’est pour avoir un son pourrave, c’est même pas la peine. La première note retentit et ô miracle, le son est clair, cristallin, propre, net, rock’n’roll. Et les larmes de soulagement qui viennent avec. Ca promet d’être énorme.

Mais bon, s’éterniser devant un tel groupe tient de la performance, voire de l’exploit sportif, et l’appel de la bière est tellement fort que tu ne peux lui résister. Ca tombe bien, ce cher Primu vient d’arriver ! C’est l’occasion de partager son enthousiasme autour d’une bonne pinte en plastique de bière diluée. D’ailleurs, plus que vingt minutes avant impact. Il serait temps que le troisième larron, celui qui a une invitation le bougre, pointe son nez. En attendant de plus en plus de public arrive, de plus en plus excités. Les stands de merchandising sont déjà dévalisés, les déçus font la gueule. Mais pas longtemps, car on annonce la fin de la première partie. C’est le moment de commencer à se diriger vers la salle. Mais non, un appel inopiné me contraint à rester dans le hall, à attendre ce cher J., N. de son vrai prénom, qui devrait arriver d’une minute à l’autre. Moment d’intense stress. Va-t-il arriver AVANT que les Stray Cats ne fassent leur entrée ?

Par ailleurs on entend déjà la guitare de Brian qui check les amplis. Mondieumondieumondieu ca va commencer. Mais POURQUOI ai-je promis à J. de l’attendre devant la porte ? La lumière s’éteint. Oh non, dimouapaksépavré je vais rater leur entrée sur scène ! Primu, cet ingrat, se précipite sans un regard pour moi dans la salle. Ce que je ne peut lui reprocher tant il a raison. Mais voilà que J. fait son apparition à la porte !!! Il m’aperçois, mais sans attendre qu’il m’ai rejoint, je me précipite dans la salle, juste à temps pour entendre le premier accord du concert.

Et le fameux « hiiiiii » strident qui a fait ma réputation ne peut s’empêcher de sortir de ma juvénile bouche groupiesque. Ce qui arrache notamment un sourire à mon voisin de gauche. Ca y est, j’y suis. Je suis au concert d’adieu des Stray Cats. Même du mal à m’en rendre compte que ce sont EUX, pour de vrai, devant moi. Brian en complet vert amande, la gretsch léopard qui semble jouer toute seule ; Lee Rockeur tout de noir vêtu, accroché à sa contrebasse à l’effigie du chat de gouttière ; Slim Jim Phantom en chemise à jabot et pantalon à couture pailletée. Et il joue de la batterie debout. C’est peut-être un détail pour toi, lecteur, mais sincèrement, pour moi ça veut dire beaucoup. Le Slim Jim il avait tout simplement la classe. Genre on lui a dit « tu te mets là, tu joues » et il a dit « ok » et c’est tout. Il est détendu, il a le regard qui tue, et il est sacrément bon, nomdidiou ! Tout comme le Lee rockeur. Qui n’a pas changé d’un poil. C’est à peine si une ridule vient souiller le coin de son illustre œil. Et il joue tellement bien et avec tellement de doigté que tu as soudainement envie de devenir une contrebasse. Ils sont beaux, ils sont chauds, ils sont désespérément classe.

Sauf qu’à l’arrière de la salle où nous sommes placés (à cause, devons-nous le rappeler, du retard de J. qui pour cela mérite la pendaison), ça bouge pas beaucoup, dans le public. Alors on se décide à aller vers l’avant, on ne peut décidément pas vivre Stray cats Strut au milieu d’une bande d’amateurs de blues qui ferment les yeux, croisent les bras et hochent la tête en rythme.

Certes, essayer d’aller au devant de la salle en plein milieu d’un concert bondé peut se révéler dangereux, surtout s’il s’agit d’un concert de rock empli de fans tous plus hargneux les uns que les autres de conserver leur place. Mais quand on a un J. à sa disposition, c’est chose relativement (voire carrément) aisée. Car outre son imposante carrure, le J. possède une technique imparable, qui consiste à prendre un air taciturne et foncer droit devant soi. Ne reste plus à la frêle jeune fille que je suis qu’à s’accrocher à son pull, et en deux temps trois mouvements, nous voilà devant, à deux mètres à peine des rois incontestés du vrai rock’n’roll. And enjoy.

Mais je suis sûre que tu te poses une foule de questions, lecteur alléché par tant de luxe rock’n’rollesque. Questions auxquelles je vais te répondre sans attendre. Oui, Lee Rockeur est monté sur sa contrebasse. Non, Brian Setzer n’a pas fait une fausse note. Oui, Slim Jim est toujours aussi slim. Non, Brian n’est pas gros, juste en bonne santé. Oui, il y a eu des solos mémorables de cinq minutes. Non, ils n’ont pas vieilli au point d’être incapables de sauter partout. Oui, le public a repris en cœur les paroles de Rock this town. Non, ils sont pas devenus ringards, loin de là. Oui, j’ai pleuré quand a retenti l’intro de Stray cats strut. Non, . OUI, c’était le plus beau concert de ma vie. Comme d’habitude. Sauf que cette fois ça risque de le rester un bon bout de temps.

Mais il reste une question qui te taraude et à laquelle je n’ai pas répondu, monstre que je suis ! Mais QU’ONT-ILS JOUÉ ??? Et pour te répondre, quoi de mieux qu’une set-list en bonne et due forme ?

RUMBLE IN BRIGHTON

7 NIGHTS TO ROCK

DOUBLE TALKIN’ BABY

SOMETHING'S WRONG WITH MY RADIO

CRY BABY

LUST N’ LOVE

STRAY CAT STRUT

RUNAWAY BOYS

SEXY + 17

GENE & EDDIE

GINA
SWEET GENE VINCENT

BLAST OFF

BRING IT BACK AGAIN

FISHNET STOCKINGS

ROCK THIS TOWN

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I FOUGHT THE LAW

Et là tu te dis « Quoi ? une seule chanson en rappel ? AH AH ! La voilà la faille, je savais bien qu’ils ne pouvaient QUE être devenus que des enflures, les Stray Cats. Ils l’ont fait, leur faute ! Vite, appelons 30 000 000 de consommateurs pour nous plaindre ! » Et je me verrai forcer de t’arrêter car tu vas comprendre. Car voici le moment où je vais passer un message personnel passablement énervé :

Je voudrai dire à l’enfoiré de fils de raclure de fond de poubelle qui après Rock this town a balancé un couteau à cran d’arrêt à côté du saint pied de l’immense et non moins magnifique Brian, Setzer de son nom de rock star, que c’est une espèce de gerbure de rat de cale, un détritus, une face de Judas, une cloporte mal baisée, un extrait de déjection de porc en rut, un sale BOURGEOIS, et que, non seulement il a privé tout un public de rappel, mais qu’il a également fâché les dieux du rock’n’roll venus à Paris rien que pour leur public, si restreint soit-il, et qu’en plus de ça il a installé une sale ambiance pour toute la fin du concert et la sortie de la salle dans le public déchaîné contre lui. Tu peux être sûr, cher lecteur, que si le pleutre avait été aperçu, les gros titres du parisiens parleraient ce matin d’un corps lacéré et dépecé par des hordes de rockeurs en furie.

Mais mis à part cet anecdote -fort déplaisante, j’en convient- la soirée fut vraiment inoubliable. Le genre de soirée qui fait passer la pillule de la rentrée et de sa cohorte d’emmerdes. Reste plus qu’à espérer que les prochains meilleurs concerts de l’année (j’ai nommé Parabellum+Diego Pallavas, Flying Tartiflettes+Washington Dead Cats, ou encore Wampas au casino de Paris) soient au moins de la moitié du niveau de celui-ci.

Camille, back and happy.

P.S : message personnel : J., tu vois bien qu’ils ont fait Rumble in Brighton, mon chou… Ca t’apprendra à arriver en retard !

P.P.S : Vous aurez remarqué que mon style se fait de plus en plus Proustien, et par là même, mes phrases de plus en plus longues. J’en suis désolée et je tâcherai de remédier à ça par la suite.