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Quand je serais grande, je veux être actrice dans les clips de karaoké. Tu sais, la meuf qui tient la main au sosie de Jean-pierre François sur la plage sur l'air de "Titanic", ou encore, celle debout dans sa cuisine en noir et blanc, une serviette éponge autour d'elle, et qui se trémousse sur 99 luftballons ? Tu vois pas de quoi je parle ? Alors t'as jamais fait de soirée karaoké.  Les clips de karaoké, c'est ce qu'il y a de plus kitch au monde, après les danseurs disco. Et là, je vous entends : "Mais merde, pourquoi elle nous parle de karaoké, maintenant ? Elle a eu un accident de cassette d'Herbert Léonard ? Elle a décidé que le rock'n'roll, c'était plus tendance ?". Alors je met le holà tout de suite, d'abord Herbert Léonard mérite autant de respect que quiconque sur cette terre, et puis deuxièmement, c'est vachement rock'n'roll le karaoké, puisque par définition, tout ce qui n'est pas rock'n'roll est rock'n'roll (si si j'te jure, toute façon, à chacun sa vision du rock'n'roll, moi c'est celle-là, alors si t'es pas content...). Et troisièmement, je t'apprendrai, MOI, que les karaokés rock'n'roll, ça existe. Tu me crois pas ? Ok. Va donc faire un tour au sous-sol de La Cantada les troisièmes samedi du mois, entre 20h et 23h, et on en reparle. D'ailleurs c'est le seul karaoké où les gens ne se prennent pas au sérieux, parce que toute façon, le rock qui se prend au sérieux bah c'est même pas du rock. Mais ce n'est pas ce à quoi je veux en venir, revenons-donc à nos moutons et à la question qui vous taraude : mais pourquoi donc vous parlé-je de karaoké ?

Ok, alors retour quelques années en arrière. C'est l'été. Le camping Les vallons est plein à craquer, les touristes allemands rougeauds défilent en short et tongs au milieu des tentes et caravanes, les gamins en vélo débaroulent à fond les ballons dans les allées de gravier qui leur ont valu déjà moult égratignures, et les apprentis cuisto torse-nus font griller leurs saucisses persillées sur leur barbecue dernier cri. C'est bon, le décor est planté. Alors maintenant, tu t'approches de la salle polyvalente, oui, juste là, entre la piscine et l'accueil. Entre, n'ai pas peur, pour le moment elle est vide ou presque, juste un groupe d'ados qui jouent au ping-pong en gloussant et débitant des insanités sur une certaine voisine de tente un peu trop pulpeuse. Alors maintenant, regarde derrière les tables de ping-pong, juste près de ce qui sert de bar lors des soirées dansantes. Tu vois la petite blonde aux cheveux courts, là, assise par terre ? Oui oui, celle avec l'appareil dentaire, l'air renfrogné, les écouteurs dans les oreilles et le tee-shirt de mec. Bon, bah la petite blonde, c'est moi. J'ai 13 ans. Si j'ai pas l'air très bien, c'est que "c'est l'âge qui veut ça", comme dit mon grand cousin. Bon, c'est vrai que je cache ma féminité dans des fringues informes, que je parle pas beaucoup et surtout pas aux autres jeunes, que je déteste les vacances en famille et que je préférerai rester chez moi à lire mes bouquins d'héroic fantasy. C'est pour ça que je fais un peu la gueule. Sauf que là, je suis pas renfrognée comme d'habitude, non. Je me concentre. Parce que ce soir, c'est spécial. Ce soir c'est la soirée karaoké. Et comme tous les ans, je me suis promis de les rétamer, ces petites pouffes de l'allée C. J'ai déjà choisi ma chanson. Elles, elles vont chanter "Pour que tu m'aime encore", comme d'habitude. Sauf que cette fois, c'est pas elles qui gagneront le pass pour la piscine et la tournée de jus de fruit, cette fois, je me suis bien préparée. Et j'ai décidé : je chanterai "Lithium" de Nirvana. Et j'en ai rien à foutre si personne ne la connais, je vais tellement la défendre qu'ils seront tous en admiration. Vous l'aurez, compris, j'ai la méga rage. Je VEUX gagner, cette fois. Eh oh, merde, je me suis pas tapée cinq ans de chœur d'enfant  pour des clopinettes, non ? (quoi ? si t'es surpris c'est que t'es jamais venu ici, Gilbert).

Bon, ce que l'histoire ne dis pas, c'est que la petite blonde a fait un flop complet le soir même, et que, bien qu'elle soit montée sur le bar pendant sa performance, "Pour que tu m'aime encore" a remporté tout l'opinion campingesque, et que de ce jour là, la petite blonde a décidé que, non, plus rien au monde elle ne sera comme les autres. Mais peu importe, parce qu'aujourd'hui, la petite blonde savoure sa victoire, et se dit que ces années "karaoké" ne lui auront pas amené que honte et frustration, et que finalement, ça paye un jour. Tu comprends toujours pas où je veux en venir ? Ok, alors retour en arrière, mais seulement d'une semaine, cette fois. Nous sommes vendredi soir. La k'fet de Bures-sur-yvette est pleine à craquer. Les punkachiens tournent autour de leur centre de gravité une pinte à la main, les hippies en pantalon orange font tourner les joints et les MASSACRORS s'apprêtent à jouer. Et voilà que le charismatique chanteur du "plus grand groupe du monde de rock'n'roll français" tend la main à votre aventurière préférée, et l'aide à monter sur scène. Sur ce, il lui file un micro, et les musiciens commencent à faire résonner les premiers accords de "Harley Davidson" de Brigitte Bardot. Hop, ni une ni deux, votre aventurière préférée se revoit quelques années en arrière, sur la scène de la salle polyvalente du camping Les vallons, prête à enflammer les foules. Et elle se met à chanter, avec une conviction à faire pâlir Djaunhy lui-même. Mission accomplie, la salle est sous le charme, voire même hilare. Alors, satisfaite, votre aventurière préférée redescend dans la salle. C'est là qu'elle croise le tout aussi charismatique chanteur des Flyin' tartiflettes. Et qui, ô miracle, lui annonce : "hé, t'as une sacrée voix ! ça te dirait qu'on fasse un duo ?" Vous pouvez imaginer, chers lecteurs, la joie qui m'envahit à ce moment-là. C'était comme une revanche sur toute une adolescence campingesque traumatique. Quoi ? Tu te demandes si j'ai accepté ? MAIS PATATE, ÉVIDEMMENT QUE OUI !

Bon, ce que l'histoire ne dit pas, c'est que votre aventurière préférée avait un peu abusé du houblon, ce qui a pour fâcheuse conséquence de modifier la voix et de fausser quelque peu la justesse des tons. Mais apparemment, le célébrissime chanteur des Flyin' Tartiflettes aussi, ce qui, au final, revient à la même chose.

Résultat : me voilà conviée, d'ici quelques heures, à la répèt des Flyin' Tartiflettes themselves, mais pour une fois pas en tant que groupie, mais en tant que chanteuse honoraire ! Répétition à l'issue de laquelle le groupe au (presque) grand complet décidera si oui ou non je mérite de jouer avec eux demain 21 Mars, à la k'fet de Bures-sur-yvette (rer B, gare "bures-sur-yvette", après c'est tout droit, tu passes le pont au dessus de l'Yvette et tu te guides au son et à l'odeur de bière). Moi, stressée ? Nooooon, si peu...

Camille, quand la groupie a dépassé le groupe.

P.S : quoi qu'il en soit, viendez demain, parce que même sans moi, les Tartiflettes c'est quand même hyper chouette.